Du capitalisme narcissique au libéralisme pervers

A l’heure de la droite décomplexée, du libéralisme triomphant, de la dette odieuse et des rentes astronomiques, peut-être serait-il temps de rendre à la classe dominante et à ses collabos la mauvaise conscience qui était la leur au sortir de la guerre, de rappeler ce qu'est réellement leur système qui n'hésite pas à mettre le monde à feu et à sang et que certains prétendent aujourd'hui *devenu* fou alors qu'en fait il porte la folie au plus profond de ses gènes.



Nous allons droit dans le mur comme nous y allions dans les années 30 lorsqu'un malade fut financé par les grandes fortunes. Les preuves, très soigneusement établies qui attestent que les milieux bancaires et industriels américains étaient largement impliqués dans la montée du troisième Reich sont maintenant accessibles au public. On peut les trouver dans les comptes rendus et les rapports sur les auditions du gouvernement publiés entre 1928 et 1946 par les différentes commissions du Sénat et du Congrès américain.

 Pactes avec le Diable - USA et 3ème Reich
 Big Business avec Hitler, Annie Lacroix-Riz

Quelle est donc cette folie qui s’empare des plus fortunés ? Est-ce la richesse qui leur fait perdre la tête ou, plus prosaïquement encore, leur soif inextinguible de gloire et de pouvoir ? Arrogants, hautains, méprisants, se croyant supérieurs, enviés et seuls à pouvoir mener à bien toute entreprise, estimant que tout leur est dû et exigeant qu’il en soit ainsi, les capitalistes cumulent clairement les troubles de la personnalité narcissique (DSM-IV). Lorsque ce complexe de supériorité, ce défaut d’empathie cessent d’être simple attitude pour en venir à cette agression caractérisée que constituait le projet libéral de Mandeville visant à garder le peuple aussi ignorant que pauvre ou la "stratégie du choc" du néolibéralisme d'aujourd'hui, nous touchons alors à la perversion.


Prenez sur vous braves gens, egocentrez-vous, colibrisez-vous,
ubérisez-vous, vos ennemis de classe ne sont que de braves gens
que le plus pur des hasards a gâté!...

Avant de développer voyons ce petit dialogue de trois minutes entre Boris Cyrulnik et Guy Bedos autour de l'idée que les hommes de pouvoirs seraient des "pervers-narcissique". En accord sur la question, ils vont jusqu'à dire qu'il y a une corrélation directe entre l'absence d'empathie et la possibilité d'être au pouvoir. Une réflexion lourde de conséquence sur l'organisation de notre société...


Mais revenons à l’intitulé de ce billet : « Du capitalisme narcissique au libéralisme pervers ». Pouvons-nous considérer, comme il y est suggéré, qu’il existe une filiation formelle entre capitalisme et libéralisme, entre narcissisme et perversion et, si oui, qu’il y a un rapport intime entre elles.

Concernant capitalisme et libéralisme, l’appropriation des terres, des outils de production et l’accumulation du capital (capitis : tête… de bétail) préexistaient à l’ère industrielle et ont été des prérogatives bien avant que d’être théorisées par la doctrine libérale via principalement la loi du marché. Le capitalisme est en quelque sorte un système empirique légitimé par la doctrine libérale, la corrélation est dans ce sens on ne peut plus évidente.

L’est peut-être moins la relation entre narcissisme et perversion bien qu’ils soient tous deux issus d’un égocentrisme patent et que la personnalité narcissique, cherchant à utiliser l’autre, voir à l’exploiter, s’apparente somme toute au pervers qui, dans la même perspective, rabaisse l’autre au rang de chose et se complaît à l’y maintenir. Il ne faut pas grand-chose pour que le narcissisme bascule dans la perversion, il suffit que l’irrespect s’ajoute à l’absence de sollicitude envers l’autre. C’est peut-être principalement là, où la pulsion de nuisance supplante l’indifférence, que se noue la filiation et que la notion de perversion narcissique prend tout son sens.


La perversion narcissique domestique.

La famille constitue pour ce type de pervers un terrain propice où il joue sur les affects et fait croire à sa victime qu’elle ne subit que les aléas d’une fatalité incontournable. Ci-après un excellent court métrage présentant cette déviance en milieu domestique, un mal relativement répandu puisqu'il concernerait un couple sur huit selon l’association qui diffuse cette fiction.
Il n’est évidemment pas possible de décrire la perversion narcissique en 15 minutes d’autant que les signes qui la trahissent ne sont pas systématiquement présents chez un même individu et peuvent se retrouver, épars et/ou à moindre dose chez chacun d’entre nous. Ainsi dans les 20 pistes pour reconnaître les pervers narcissiques relevées ici la totalité des signes n’est pas requise pour poser le diagnostique. Le pervers narcissique est en quelque sorte un psychotique sans symptômes dira Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychothérapeute familiale.


Harcèlement dans le monde du travail.


Mais cette perversion est loin de ne sévir qu'en milieu confiné sous l'aspect d'un petit dictateur d’intérieur privilégiant souvent la pression psychologique à la violence physique… trop visible. Le harcèlement psychologique et moral concerne également le monde du travail où ambition et agressivité ne sont pas les dernières « qualités » attendues des petits chefs, cadres et autres managers, soit un caractère dominateur associant volontiers survalorisation de soi et dévalorisation de l'autre.

       Extrait à 1'46
       "Dans la population en général on dit que le trouble de la personnalité représenterait
       1 à 2 %. Par contre, plus on monte dans la hiérarchie, plus on va retrouver 
       de personnalités narcissiques, facilement plus que 10 et certains auteurs vont jusqu'à 
       20% parce que c'est une caractéristique qui aiderait à monter dans la hiérarchie..."
      10 à 20% chez les 1% de la classe dirigeante peut-être mais soyons certains que la
       proportion flirte avec les 100% chez les 0,0001% de la classe dominante...

Si la demande de ce profil est courante, l’offre ne l’est pas moins. Ainsi les pervers narcissiques sont-ils attirés par des postes où ils peuvent exercer leur « talent », que ce soit dans l’entreprise ou ailleurs. S’ils sont médecins par exemple ils iront plutôt vers l’hôpital que vers l’exercice libéral à la campagne car ils ont besoin d’une « cour ».

Constat caricatural diront certains. A ne pas généraliser pour sûr, mais celui qui n’a pas observé ou enduré ce type de comportement a bien de la chance, ou alors il a quitté le monde du travail voici belle lurette. Le management par l’humiliation et par la peur  est de nos jours chose banale. Qui n’a jamais assisté à un harcèlement moral à son travail ? Qui n’a jamais subi le chantage à l’emploi ne serait-ce qu’à l’embauche? Qui n’a pas, dans certains secteurs de service tel l’hôtellerie, vu sa vie familiale altérée, sinon menacée, par des horaires ne respectant pas le délai de prévenance et faisant fi de sa vie privée?

Il est vrai que la gestion des ressources humaines se fait dorénavant via des stratégies mûrement étudiées et dûment calibrées qui permettent de la rendre moins abrupte, plus subtile. L’ingénierie n’a pas fait que des progrès techniques ou économiques, elle a aussi accompagné, et continue à le faire, la liquidation des droits du travail désormais engagée. Au lieu de vous licencier elle vous mettra au placard et vous finirez par prendre la porte de votre propre initiative. D'ailleurs on n’est plus licencié, on est démissionné, c’est moins coûteux. Mieux encore, le contrat à durée indéterminée en voie de disparition - aujourd’hui 20% en France - il n’y a plus qu’à laisser le CDI mourir de sa belle mort… Adieu carrières durables, investissements personnels à long terme, l’ère du mercenariat et des petits chefs de guerre a sonné.


Pathologie d’un système.

Pour en arriver là il a fallu que le terrain soit favorable, qu’un ensemble de conditions soient réunies. Depuis toujours le grand patronat cherche à maintenir, voir évidemment à augmenter, ses marges face au grignotage permanent de son taux de profit, bug originel du logiciel capitaliste. C’est sa seule raison d’être. Il y parvenait fort bien en usant d’artifices peu ragoutants tels l’esclavage, la colonisation, la guerre et en ce début de millénaire la crise financière qui lui offre des opportunités rarement égalées. Il est bien connu que l’homme cupide en veut toujours davantage et le capitalisme actuellement triomphant lui en fournit hélas les moyens.

« Le capitalisme est cette croyance stupéfiante que les pires hommes feront les pires choses pour le plus grand bien de tout le monde ».                             (J.M. Keynes

Voila, malgré la démocratie affichée, sur quel paradoxe la domination d’une classe est bâtie, voila aussi pourquoi cette même classe donne le change, se montre sur écrans et papiers glacés charmante, séductrice, brillante et même altruiste à ses heures : les mécènes pullulent dans ses rangs… les niches fiscales afférentes aussi. Ça c’est pour la galerie mais dans son environnement immédiat, dans sa zone d’influence, elle se conduit en tyran par l’intermédiaire de ses laquais que sont les politiques, les médias et la petite bourgeoisie à ses pieds. Elle y use d’une rhétorique redoutable confortée par les conseils de ses commis issus des plus grandes écoles. La manipulation des esprits atteint désormais des sommets d’efficacité.

Elle aime aussi se poser en martyre, surtaxée et incomprise, pour culpabiliser ses victimes, les isoler, les vampiriser et les amener à une confusion telle qu’elles en perdent leurs propres repères. Tout est bon pour conforter sa suprématie, ses privilèges : diviser le peuple en dénigrant insidieusement telle ou telle catégorie via ses « chiens de garde », alterner le chaud et le froid en jouant de crises économiques et politiques, maîtriser l’art de savoir jusqu’où aller trop loin quant aux conditions de travail, aux salaires, aux lois et à la répression. Elle s’inscrit sans ciller dans le déni de réalité lorsqu’il s’agit de transformer ses aventures guerrières en croisade humanitaire ou d’exalter ses vertus.

Cette classe, sa cour et ses larbins sont en fait composés d’individus à l’égocentrisme invétéré dénués de toute empathie - sinon envers « leurs » pauvres pour lesquels ils se montrent ostensiblement charitables - et de tout scrupule quant à l’indécence de leurs richesses qu’ils prétendent bien entendu méritées et vouées à « ruisseler » sur tous. Ils sont indifférents aux désirs de ceux qu’ils dominent, ne supportent pas leur bien-être au-delà de ce qui leur est nécessaire pour travailler et consommer, éventuellement se motiver, souffrent de cette insatisfaction chronique qui leur font déplorer en permanence le manque de compétitivité, éprouvent un soulagement morbide quand les salaires sont au plus bas et le chômage, réservoir d’esclaves, au plus haut. 

Voila un bien sombre tableau de cette classe dominante et de ses obligés, mais n’est-il pas outrancier ?  Obsédés par leur image, les intéressés l’affirmeront avec vigueur et cela en toute bonne foi, forts de leur dogme favori prétendant que "travailler" pour son seul intérêt est la meilleure façon de servir la société (dixit Adam Smith). Grâce à ce petit miracle, rendu possible par une main invisible digne héritière du droit divin, leur égoïsme devient à leurs propres yeux générosité, ce qui ne fait que conforter leur arrogance.


Asocialité des nantis et sélection intra-spécifique.

Cette asocialité de fond se retrouve chez une très large majorité de nantis. Ainsi  une étude de 2012 publiée dans la revue de l’Académie des Sciences américaine s’est intéressée aux liens entre la position sociale et les comportements contraires à la morale. Les différents tests pratiqués confirment l’existence d’un lien statistique évident entre l’appartenance à une catégorie socio-économique élevée et des comportements non éthiques. 
 Voir cette étude.

Concernant les ultra-riches,  Etienne Chouard  n’hésite pas pour sa part à les qualifier de « malades mentaux »:


Étienne Chouard - Les ultra-riches sont des malades mentaux from doctelius on Vimeo.
Il est des thèmes que l'on aimerait voir développés par la gauche. Appréhendons les ici hors toute controverse politicienne, indépendamment du cursus des personnages qui les abordent.


Par contre, assurer comme lui que « ce n’est pas parce qu’ils sont mauvais qu’ils deviennent riches, c’est parce qu’ils deviennent riches qu’ils deviennent dangereux » établit un lien de causalité pour le moins discutable. Certains comportements procédant de l’égoïsme ou de la pléonexie (désir d'avoir plus que les autres) portent naturellement à la prédation et facilitent généralement l’accumulation de richesses. Fortune faite, ou simplement consolidée, ces mêmes comportements ayant fait leurs preuves perdurent évidemment et confirment alors l’adage martiniquais : « plus le diable en a, plus le diable en veut ». Mais cela c'est "fortune faite", quid des caractéristiques de ceux qui *font* fortune et les lèguent à leur descendance?...

Les personnes adoptant des comportements de prédation, avec ou sans violence, ne le font pas forcément par manque d'émotion ou d’empathie estimait pour sa part Konrad Lorenz, mais par choix narcissique, en vertu du principe du plus grand plaisir et/ou de la plus grande facilité ou rentabilité. Par ailleurs, « pour des raisons faciles à comprendre, l'homme est tout particulièrement exposé aux effets néfastes de la sélection intra-spécifique. Comme aucun être avant lui, il s'est rendu maître de toutes les puissances hostiles du milieu extra-espèce. Après avoir exterminé l'ours et le loup, il est devenu à présent effectivement son propre ennemi : homo homini lupus (l'homme est un loup pour l'homme), comme dit le dicton latin.» (Konrad LORENZ, L'agression, une histoire naturelle du mal 1969)

Pour Oskar Heinroth « le produit le plus stupide de la  sélection uniquement intra-espèce est, en Occident, le rythme de travail de l’homme civilisé, » rythme engendré par la concurrence entre congénères et, finalement, contre productif en matière de sélection puisqu’entrainant chez les sujets les plus productifs moult pathologies allant de l’hypertension artérielle à la névrose en passant par la stérilité. Ainsi donc notre espèce n’aurait cessé d’obéir à cette loi de la jungle qui dispose qu’assujettir ou manger plus faible que soi est dans l’ordre des choses sous le prétexte d’assurer à l’humain cette fameuse sélection naturelle. De là à considérer, comme un certain  Lytle W Robinson, que « le cannibalisme fit place au capitalisme lorsque l’homme se rendit compte qu’il était plus rentable d’exploiter son prochain que de le manger »





Du narcissisme à la perversion.

Bien que la citation de Robinson prête à sourire il serait malvenu de dédramatiser le constat. Cette concurrence intra-spécifique élevée au rang de culte par la classe dominante et ses affidés déborde clairement du champ du narcissisme capitaliste pour rejoindre celui de la perversion libérale où la prédation est non seulement consciente mais de plus évaluée et recherchée. Plus question ici d’ignorer l’autre par nombrilisme, il s’agit de l'*employer* telle une chose et de tirer non seulement profit mais également plaisir de cette subordination. Les moyens mis en œuvre pour parvenir à cette dernière sont multiples et, bien que remontant au temps de l’esclavage et du servage, ont atteint avec le libéralisme un niveau de sophistication inégalé. Il est en effet plus ardu de mystifier un être que la logique de rentabilité capitalistique a du instruire qu’un esclave illettré qui n’a que ses muscles comme capital.

A l’aube du libéralisme, Mandeville avait fort bien cerné la problématique de la classe dominante. Ainsi déclarait-il que « dans une nation libre où l'esclavage est interdit, la richesse la plus sure consiste dans la multitude des pauvres laborieux », et que  « pour que la société (des non-travailleurs) soit heureuse et le peuple content même de son sort pénible, il faut que la grande majorité reste aussi ignorante que pauvre ». Et bien entendu de justifier les turpitudes des nantis comme suit: "Le vice est aussi nécessaire dans un Etat florissant que la faim est nécessaire pour nous obliger à manger. Il est impossible que la vertu seule rende jamais une Nation célèbre et glorieuse".

Mais voila, rassemblés dans de grands sites de production puis dans les centres urbains (3,4% de l’humanité en 1800, 50% en 2000) où ils se coudoient, les opprimés découvrent leur force et, instruction aidant, l’iniquité dont ils sont les dupes. La guerre des classes est déclarée et la notion n’est pas qu’un fantasme gauchiste, Warren Buffet disait lui-même en 2006: "Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n'avons jamais été aussi prospères. C'est une guerre de classes et c'est ma classe qui est en train de gagner".

Il n’est plus guère question dès lors de faire croire aux dominés qu’ils sont victimes des aléas d’une fatalité incontournable, il s’agit de détruire leur résistance, c'est à dire leur personnalité, en leur administrant des chocs afin d'obtenir une "page blanche" sur laquelle une personnalité plus "accommodante" puisse être écrite. La "stratégie du choc" est née, la perversion des riches confirmée.

Les fausses évidences.

Cependant la manipulation la plus sournoise réside probablement dans l’instillation de fausses évidences du genre: si les gens sont pauvres c'est qu'ils sont paresseux et l'assistanat rend les gens paresseux; les riches quant à eux le sont devenus grâce à leur mérite". Toujours ce même besoin pervers de rabaisser l'autre pour justifier de ses privilèges réels ou espérés grâce à quelque héritage, loterie ou malversation. A celui qui vous dit qu'il s'est enrichi par le travail, demandez lui de qui.


La plus abjecte de ces fausses évidences est probablement celle qui se nourrit du spectre de la surpopulation, catastrophe supposée inéluctable suite à l'explosion démographique si aucune épidémie ou guerre ne vient élaguer drastiquement notre espèce. Outre son caractère inassimilable, cette natalité débridée du tiers monde n'est-elle pas génératrice de pauvreté? Ne suffit-il pas pour s'en convaincre d'observer l'état de l'économie des peuples les plus prolifiques? Et puis, selon un rapport récent (2010) de la WWF, il faudrait quatre planètes comme la terre pour répondre à notre rythme de consommation si tous les êtres humains vivaient comme les canadiens. Voila qui torpille d'entrée tous les rêves humanistes d'égalité universelle à moins, bien entendu, de persuader les occidentaux d'opter pour une austérité draconienne qu'ils seraient bien en peine de supporter? Alors?...





Si le lit du pauvre est fécond ce n’est pas qu’il soit le théâtre d’une lubricité particulière, c’est qu’il représente souvent, là où la société est défaillante, la seule assurance vie et vieillesse de ses hôtes. Dans les pays déshérités c'est la descendance qui assure la sécurité sociale et les vieux jours des aînés. Précarité et stress poussent l'homme à se reproduire. Il se trouve de plus que dans ces environnements la mortalité infantile est importante, il y est donc vital de procréer suffisamment pour assurer l’avenir. Le corollaire de ceci se constate sans équivoque dans les pays développés où la natalité est faible et, hors immigration, n'assure même plus le simple renouvellement de la population.

La seule solution humaine permettant d'enrayer l'explosion démographique est la suivante : dé-précarisation du tiers et quart monde et donc partage effectif des richesses, ce que le capitalisme considère impossible, le libéralisme hérétique. « Donnez trois pizza à tous les africains et puis, après ?... » raillent les repus. Cette image est évidemment stupide, « jamais le monde n’a produit autant de richesse qu’à l’heure actuelle. Si cette richesse était répartie de manière égale entre tous et partout dans le monde, une famille avec trois enfants disposerait d’un revenu de 2.870 euros par mois et d’un patrimoine (épargne, valeur du logement....) de 125.000 euros. » (Marc Vandepitte, INVESTIG’ACTION)


Manifestement, mauvaise volonté et mauvaise foi font bon ménage dans le discours des riches pour qui toute analyse ne peut se construire qu’à l’aune de leurs intérêts égoïstes. Mourir de faim ? Qu’importe tant que c’est loin !... Ignorer la souffrance que l’on inflige relève du narcissisme pour qui en est inconscient, de la perversion pour qui en est indifférent. Au nom d’un système,  cette perversion tue plus que toutes les guerres, infiniment plus par exemple que le génocide rwandais dont les bonnes âmes se lamentent tant, à juste titre par ailleurs. Ce génocide a coûte la vie de 800.000 personnes, soit environ un mois d’hécatombe due à la faim dans le monde. UN SEUL MOIS SUR UNE ÉTERNITÉ. 




Les martyrs de cet holocauste ne méritent-ils pas de vivre ? Ce n’est plus leur manquer de respect que de leur refuser ce droit, c’est, au vu des richesses amassées par ailleurs, les assassiner froidement pour assurer le bien être, les plaisirs de quelques-uns, de ceux-là même qui ont toute faculté de remédier au drame mais qui se retranchent derrière une doctrine justifiant leurs privilèges exorbitants. Comble de perversion, ces prédateurs dénoncent chez leurs victimes des comportements résultant directement de leurs manigances : incapacité de s’acquitter d’une dette irremboursable, corruption  alimentée par eux-mêmes jusqu’au plus haut niveau des Etats, guerres approvisionnées par leurs propres armes…

Voila le constat, mais ne tombons pas dans un manichéisme primaire, les bons d’un côté et les mauvais de l’autre. Nombre de pauvres agiraient comme les riches s’ils en avaient les moyens, nombre de dominés agiraient comme les dominants. Nous pensons et nous nous comportons en fonction d’une infinité de paramètres individuels et sociaux échappant le plus souvent à notre volonté sinon même à notre conscience. Le « vivre ensemble » consiste justement à harmoniser les conséquences de la diversité de ces paramètres et, pour cela, à raconter une histoire rapprochant au mieux ses acteurs. Le narcissique n’a que faire de ce rapprochement, le pervers s’en amuse. Tous deux, pour nourrir leur asocialité profonde, ont formalisé un système exhortant à la concurrence libre et non faussée, à la guerre de tous contre tous: le libéralisme.


http://www.dailymotion.com/video/xpyfg0_destruction-massive-jean-ziegler_webcam


Pour Jean Ziegler, "la destruction de millions de personnes (...) par la faim tous les ans est le scandale de notre siècle: toutes les 5 secondes un enfant meurt de faim, près de 100.000 personnes meurent de faim tous les jours...". Or, selon la FAO, l'agriculture mondiale pourrait nourrir aujourd'hui plus de 12 milliards de personnes. Ainsi, dit-il, "il n'y a aucune fatalité de la faim:


un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné ".


S'il accuse des entités anonymes tels le système, la finance, les banques, il pointe aussi du doigt les "nouveaux seigneurs féodaux", les "oligarques du capital globalisé" qui mènent une "guerre économique permanente" et étouffent avec une férocité inouïe les "aspirations élémentaires au bonheur" de tant d'êtres humains, victimes de leurs criminelles exactions.

Les 1% les plus riches possèderont plus que le reste de la population mondiale en 2016


Voir:


Quelques extraits de librairie dont l'approche rejoint ce qui précède:

Absolument rien ne peut jusifier ceci !



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POUR ALLER PLUS LOIN:


S'il ne s'agit plus de faire croire aux dominés qu'ils ne sont victimes que de la fatalité mais de détruire leur résistance, leur cohésion sociale, le système y est en partie parvenu. L'individualisme s'est installé, la guerre de tous contre tous imposée, la pléonexie généralisée. La perversion narcissique prise pour modèle s'est répandue tel un virus dans la société mondialisée dont elle est devenue le principal carburant.


La mondialisation de la perversion narcissique
(Le nouvel ordre psychiatrique, pp 225-270) :
Olivier LABOURET est médecin psychiatre en hôpital public, président de l’Union syndicale 
de la psychiatrie, membre de la LDH et d’ATTAC, très engagé dans la lutte contre
les dérives « totalisantes » de sa profession. (Philippe VergnesAgoravox)


« Jouir à tout prix » : après Christopher LASCH prophétisant il y a plus de trente ans son avènement, beaucoup d’auteurs se sont penchés, tel Charles MELMAN [9], sur la métamorphose contemporaine de la subjectivité comme perversion narcissique propre au néolibéralisme. Le laisser-faire économique doit lâcher la bride aux pulsions égoïstes des individus, dont la confrontation fera naturellement l’intérêt collectif. Ainsi s’instaure, explique Wendy BROWN, la nouvelle gouvernementalité d’une subjectivité calculatrice et rationnelle, autrement dit profiteuse et prédatrice [10]. Une semblable néosubjectivité réalise une économie collective perverse, où la négativité et l’altérité n’ont plus leur place, dans la grande confusion qu’impose le règne de la loi du marché et de la technoscience : voilà la perversion ordinaire, selon Jean-Pierre LEBRUN [11]. 

Cette confusion est précisée par Pierre DARDOT et Christian LAVAL : « Le sujet néolibéral est produit par le dispositif “performance/jouissance” [...]. Le double sens d’un discours managérial faisant de la performance un devoir et d’un discours publicitaire faisant de la jouissance un impératif. » [12] Le néolibéralisme nous caresse dans le sens du désir, et c’est ainsi qu’il nous entraîne dans une compétition économique outrancière : Dany-Robert Dufour a montré la parenté qui existe entre les conceptions d’Adam SMITH et celles du marquis de SADE, réduisant l’homme à un objet d’échange, et rappelé la collusion entre le marketing et une conception objectale dévoyée, comportementaliste, de la psychanalyse[13]. On a vu en effet que la propagande marchande a été élaborée aux États-Unis par le neveu de FREUD, Edward BERNAYS, pour lequel elle vise sciemment à exciter les désirs érotiques, faisant ainsi oublier la crise économique par la persuasion psychologique[14]. 

La cité perverse, c’est ce système économique débridé devenu universel, dans lequel ne compte que la satisfaction pulsionnelle égoïste, au détriment de toute considération altruiste. Historiquement, culturellement, la perversion narcissique est donc consubstantielle du néolibéralisme : ils se nourrissent l’un de l’autre, jusqu’à l’écœurement. Mais en réalité, pour le seul bénéfice de la loi du marché, le comportement individuel est de plus en plus normé, par une influence propagandiste et bureaucratique à l’origine d’un conformisme pathologique généralisé, vidant la vie sociale de toute confiance, de toute humanité. La fausse liberté d’un désir sans limites vantée par le néolibéralisme est une vraie servitude, où la promesse de la possession matérielle et du bonheur psychologique épuise finalement plus qu’elle n’attire : l’illusion narcissique est profondément mortifère... Ce paradoxe révèle une société non plus seulement paranoïaque, mais perverse, où le cynisme est roi : l’ère du mensonge, où le déni sadique de l’altérité signe inéluctablement la fin de l’homme.

La personnalité culturelle perverse narcissique contemporaine

Le narcissisme pathologique est un amour de soi excessif, dont la fascination mène d’ailleurs à l’effondrement de soi : Narcisse meurt au bout du compte, captif de son reflet. D’après le DSM-IV, en 1996, les principales caractéristiques diagnostiques de la personnalité narcissique étaient les suivantes : les individus qui en sont atteints ont « un besoin excessif d’être admirés », avec des fantasmes de succès sans limites ; ils « pensent que tout leur est dû » et sont souvent méprisants et jaloux. « Ils ont tendance à nouer des relations [...] seulement si cela leur est utile pour atteindre des objectifs », et cela « peut aboutir à l’exploitation consciente ou non des autres » [15]. L’utilité, l’exploitation des ressources humaines au service du succès et des objectifs : on croirait lire un projet de management ! Pourtant, le rapport du Centre d’analyse stratégique sur la santé mentale positive, déjà abondamment cité, définit depuis 2009 la santé mentale comme la capacité à profiter des opportunités pour s’adapter à une situation à laquelle on ne peut rien changer. Mieux : reprenant une définition canadienne, la santé devient « la capacité [...] à améliorer notre aptitude à jouir de la vie » [16] ! En profiter, être opportunistes, se conformer et jouir : tout le programme de la perversion narcissique nécessitée par la mondialisation néolibérale est contenu dans ce rapport stratégique gouvernemental, érigeant en modèle de comportement ce qui était auparavant une pathologie, et justifiant la position sadienne ! 

Pour saisir cette transformation historique, il faut se pencher sur la psychopathologie, dont on a déjà donné quelques aperçus d’inspiration phénoménologique. La division du sujet par le langage inscrit le manque au cœur de l’existence humaine. C’est dans cet espace symbolique que se noue le désir, comme représentation du manque, et dont le phallus est le signifiant. Mais il manque naturellement à combler le manque : par définition, le désir reste inassouvi, puisqu’il meurt dans son assouvissement. La perversion est le déni de cette impossibilité, de cette vulnérabilité fondamentale de l’être : l’objet n’est plus sainement symbolique, transitionnel, il est fétichisé, incorporé, dans l’illusion que la jouissance phallique puisse annuler la castration, et vaincre le temps[17]. Mais ce faisant, l’objet est détruit en tant qu’objet propre : la jouissance narcissique entretient un rapport singulier avec le désespoir, et la possession avec la mort. 

Objet chosifié de perversion sadique et/ou sexuelle, l’autre-sujet, en particulier, est possédé pour être détruit. Purement utilitaire, réduit à un objet de consommation, une simple marchandise, l’autre n’existe qu’en tant qu’il me sert, instrument de ma seule jouissance. N’oublions pas dès lors que le déni se dénie : pour échapper à la destruction par l’objet qu’elle détruit, la perversion feint de s’en séparer. Elle opère par clivage, ambivalence, double langage : le mensonge à soi lui est indispensable, comme la canne l’est à l’aveugle. Nous sommes tous des pervers polymorphes de naissance, la frustration du désir nous aidant à grandir, mais l’enfant-roi est appelé à régner dorénavant à vie dans un système où l’appropriation de l’objet vient faire taire l’interdit que symbolisait la triangulation œdipienne. Car c’est la « soustraction de jouissance » [18], ce manque à être fondamental de l’être humain que tente d’éluder, de supprimer vainement, jusqu’au bout, le fétichisme de la marchandise, la possession matérielle, comme métaphore de la possession phallique. 

Dominer l’autre, posséder plus, comme vaine tentative de suturer la plaie ouverte au cœur de la condition humaine, pourtant constitutive du désir et de toute vie sociale. Mais pour nier quelque chose, il faut bien en avoir eu conscience préalablement : le sujet néolibéral est un pervers narcissique tellement fasciné par lui-même et ses objets de convoitise qu’il en oublie toute la souffrance dont il sait qu’elle l’entoure et l’imprègne, mais n’en veut rien savoir. De fait, le désir égoïste de s’enrichir du capitalisme spéculatif repose entièrement sur l’illusion auto-convaincante de la réalisation du désir. La course au profit est une perversion narcissique de la saine existence sociale : il existe un lien dialectique entre psychologie et économie, nouveau trouble de la personnalité et consommation, quête du bonheur et spectre du malheur. Le problème est que ce système pathologique nous aspire tous comme dans un maelström, dans sa fuite éperdue, son déni absolu qui signe aussi sa fin. 

Dany-Robert DUFOUR comme Christophe DEJOURS ont montré comment le néolibéralisme nous contamine, nous obligeant à adopter un comportement pervers pour espérer grappiller quelques miettes, ne pas être oublié, éliminé en chemin... Mais comment fait-il pour nous entraîner dans cette spirale insensée de la jouissance et de la destruction ?
La propagande marchande par la publicité, comme on l’a vu, est le principal vecteur de l’autoexcitation narcissique : renouant avec l’omnipotence des désirs infantiles, elle met tout objet à portée de possession et de jouissance. D’ailleurs, les instituts de recherche des motivations ont dépensé des dizaines de millions de dollars dès les années 1950 pour conclure qu’un produit « doit flatter le narcissisme du consommateur, lui apporter de la sécurité émotive, lui assurer qu’il est méritant, l’inscrire dans son époque, lui donner un sentiment de puissance, d’immortalité, d’authenticité et, enfin, de créativité ». De cette façon, conclut Franck MAZOYER, le produit ne sera pas acheté pour son utilité réelle, mais « pour le “manque” qu’il [promet] de combler » [19]. 

Parmi les médias dominateurs de la propagande marchande, la télévision, plus spécialement, vouée à la réussite et à la séduction individuelle, au culte du corps et de l’argent, est le mode de diffusion privilégié d’une telle auto-fascination perverse. Elle fait vivre en direct le bonheur sur télécommande, et permet d’éteindre toute contrariété, toute altérité. Le miroir télévisuel me place ainsi au centre de l’univers, me faisant admirer et intérioriser imaginairement le « compte de fées » à la fois mièvre et sordide qu’il renvoie, où tout sourit aux meilleurs. Dans sa déclaration tristement célèbre, Patrick Le LAY, le pdg de tf1, affirmant que son métier consistait à vendre le cerveau à la publicité, avait ajouté cette phrase terrible : « La télévision, c’est une activité sans mémoire. » [20]Ainsi préfère-t-on s’enfoncer dans la démence que d’affronter la souffrance et la mort : le mirage publicitaire, « l’emballement d’un narcissisme sur écran » [21], c’est la maladie d’Alzheimer avant l’heure. Je suis la nouvelle star d’un spectacle sans passé, sans fin et sans limites : le monde se trouve réduit magiquement à être un prolongement de ma seule volonté, de mon seul désir égocentrique. 

Du voyeurisme au sadisme, cette violence perverse est à la démesure d’une mort présentée comme un jeu, d’une information réduite à un produit publicitaire, où la sensation terrasse la vérité, où l’horreur même n’est plus qu’une distraction. La jouissance immédiate annule ainsi toute profondeur et toute durée, dans l’écran plat d’un monde où tout devient consommable, interchangeable, équivalent, sans suite. La réalité même n’est plus que virtuelle, dissoute dans un morcellement kaléidoscopique dont nulle valeur éthique ne peut plus recoller les morceaux. La télévision et les autres industries culturelles sont finalement « des machines à liquider le soi », conduisant « à la ruine du narcissisme et à la débandade économique et politique » [22]. Et plus je me sens vide, plus j’ai besoin de me remplir en consommant ; plus je perds mon identité, plus j’ai besoin de m’approprier les objets qui m’entourent : la propagande marchande est le dealer d’une toxicomanie de masse avilissante. Henri SZTULMAN confirme qu’elle détruit le principe de réalité : « Il ne me reste que le plaisir, la jouissance illusoire, dangereuse, mortelle du “tout, tout de suite” si bien exploitée par les techniques marchandes. » [23] Tout particulièrement, la « paranoïa sociale » de la précarité généralisée pousse à fuir la mélancolie dans « l’hédonisme de désenchantement qui consiste à profiter de la vie au maximum » [24].

Nous avons défini ce mouvement d’auto-excitation hyperactive, synchrone d’un temps politique et psychologique de plus en plus rapide, saccadé et superficiel, par les termes de zapping et d’hypnose[25] : ils traduisent mieux que tout autre la destruction contemporaine de toute conscience et de toute temporalité, l’entreprise perverse de déréalisation et de dépersonnalisation à l’œuvre. Et ce mouvement s’exprime par une ivresse, une exaltation, une fascination devant tous les objets de jouissance dont la fonction est justement de favoriser le déni de la réalité, mouvement que la télévision (et autres objets fétiches technologiques, à l’exemple des téléphones portables ou des jeux vidéo) reproduit continuellement et de plus en plus vite… La subjectivité narcissique contemporaine, c’est celle de la fuite virevoltante, qui s’accélère et s’éparpille, qui permet d’oublier, comme l’alcool, de s’oublier même, de soi-disant « faire la fête », dans une parfaite et factice communion avec l’objet. 

Le sujet néolibéral est comme un derviche tourneur : le vertige le conduit à la félicité. Dans le tourbillon hédoniste de la consommation, il répète le plus souvent possible la jouissance orgastique de l’instant. Cette sarabande dans laquelle nous entraîne la promesse du bonheur consumériste n’est évidemment pas sans signification psychiatrique. On sait, depuis Eugène MINKOWSKI, que la fuite des idées du maniaque, qui dépense d’ailleurs sans compter, est une accélération du temps vécu, qui lui permet de fuir devant la dépression[26]. Toutes les « nouvelles » personnalités impulsives, hystériques, hypomaniaques, addictives, limites, « faux self », hyperactives, émotionnellement labiles, etc., ne sont ainsi vraisemblablement que les écarts infimes d’une norme narcissique largement répandue sinon universelle.

Le trouble déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH), en particulier, traduit la toxicité de ce commerce de l’excitation contemporain dû au « capitalisme pulsionnel » [27], pour lequel les « psychotechnologies » (Bernard STIEGLER) ont capté l’attention du spectateur-consommateur, jusqu’à la fixer aujourd’hui neuroscientifiquement dans une causalité génétique. Car au bout du compte, cette perversion narcissique culturelle contemporaine n’est pas une vue de l’esprit : on est tous entourés de la multitude de ses acteurs symptomatiques, il suffit d’ouvrir les yeux (et même souvent de se regarder dans la glace) ! Des personnes charmeuses, mais caractérielles, ambivalentes, mais exigeantes, sans attaches, mais passives-dépendantes, frivoles, mais convaincues, qui n’en font qu’à leur tête, mais ne dérogent jamais. Fascinées par la mode et par leur corps, elles s’abandonnent avec la constance du papillon au butinage d’une consommation effrénée : télévisuelle et technologique, festive et amoureuse, toxique et alcoolique. M’as-tu-vu et envieuses, prêtes à tout pour arriver à leurs fins, leur rêve petit-bourgeois est de posséder à leur tour une belle maison avec piscine, la grosse voiture, les vacances dans les îles… Leur hypersexualité n’a d’égale que leur insatisfaction : les relations sont multiples, jetables, sans un regard, sans un regret. Excessives et clivées, puériles et cruelles, ces personnalités éternellement instables détruisent tout autour d’elles sans même paraître s’en douter. Jouir sans entrave, et nier toute contingence : tout est dû, tout est permis. Être le nombril du monde : on le désirerait tous ?

La perversion du pouvoir

Petit ou grand pervers, voici comment le leurre publicitaire et médiatique me piège dans l’illusion du plaisir immédiat et de la prodigalité. Le fétichisme de la consommation ostentatoire et envieuse me donne le sentiment d’exister[28]. Ce faisant, le système néolibéral me compromet, me rend complice de sa décrépitude, et m’embrigade dans sa coupable malignité. À travers ses objets de jouissance qui pénètrent en moi et me font perdre la tête, confirme effectivement Cynthia FLEURY,« le capital s’inscrit dans une morale sadienne. »[29] Comme un vice sans fin, le goût du luxe est indissociable de la luxure : une sexualité accomplie devient le but dévorant de l’existence, alors qu’elle devrait n’en être que le fragile symbole. 

Ainsi que le soutient Hervé KEMPF, « l’alliance du sexe et de la télévision, puis d’Internet, est un des outils les plus puissants utilisés par le capitalisme pour aliéner ses sujets. Une économie libidinale sortie de ses gonds est la réponse à la frustration d’individus toujours en manque de biens dans la course ostentatoire » [30]. Je dois prouver que je suis le meilleur, donc posséder plus que les autres, et posséder les autres. L’imitation et l’envie sont les ressorts de cette propagation du mythe du succès : « Les moyens de communication de masse […] donnent pâture aux rêves narcissiques de gloire et de renommée, encouragent l’homme de la rue à s’identifier aux gens célèbres, à haïr le “troupeau” et lui rendent ainsi difficilement tolérable la banalité de l’existence quotidienne. »[31] 

Le besoin de puissance, la volonté de dominer sont contagieux[32] : la grande perversion contemporaine, la chosification de l’autre érigée en système, c’est cette jouissance autoexcitante néolibérale devenue générale. Il n’y a pas de limite morale à l’enrichissement : le culte de l’argent roi domine cet univers de paillettes et de gloire. C’est parce que « le millionnaire » est un jeu qui touche des millions de spectateurs envieux que quelques milliardaires sont laissés libres de régenter le monde. Même si chacun sait dans le fond, bon sens populaire en sourdine, que tout ce qui brille n’est pas d’or, et que l’argent ne fait pas le bonheur… De la même manière que je m’admire sans fin dans le miroir spéculaire de la télévision et de la consommation, la spéculation financière est l’image du bonheur à venir, sur le malheur des autres. 

À ce « jeu de la mort » du libre échange mondialisé, seuls les plus riches s’en sortiront. Car tant pis pour le reste du monde si la réalité de l’éclatement de l’économie mondiale dépasse aujourd’hui la fiction de la bulle des subprime. « L’absence d’accès à la culpabilité, dimension de l’immaturité et de la perversion narcissique […], explique l’apparent cynisme des dominants »[33] : le pouvoir d’achat de l’oligarchie conforte toujours plus sa volonté de régner sans partage. Chez les grands délinquants financiers, comme l’explique la juge Isabelle PRÉVOST-DESPREZ aux pourfendeurs du « président des riches », le rapport à l’argent « agit comme une drogue, un substitut de puissance qui atrophie la pensée »[34]. 

Mais cette grande délinquance n’est que la partie visible de l’ultime perversion narcissico-financière, « le devenir-mafieux du capital »[35]. Car c’est bien sans conteste Nicolas SARKOZY qui porte le plus haut l’étendard de la jouissance extraordinaire apportée par le pouvoir et par l’argent. Éternel enfant-symptôme hyperactif, le très médiatique chef des affaires de l’État est le modèle identificatoire idéal du mythe égoïste mondialisé de la possession à tout prix, de l’enrichissement personnel à la portée de tous. « J’aime l’argent, confiait-il quelques mois après son élection fêtée au Fouquet’s avec ses amis du club oligarchique, […] et je n’ai aucun complexe à le revendiquer »[36] : le premier homme de France, celui qui a le mieux réussi, sans aucun doute, n’est jamais que le représentant histrionique, l’incarnation de « la perversion devenue structurelle »[37] du système néolibéral. 

Chef-manager auto-engendré vendant à longueur de discours le mérite, le travail, la performance – il suffit d’y croire –, il veut absolument modeler les Français sur sa morale toute personnelle du capitalisme : « Le monde change à une vitesse stupéfiante […]. Mon devoir c’est de conduire le pays pour qu’il s’adapte à la compétition mondiale. »[38] Mais son devoir n’est certainement pas d’ériger pour ce faire, en pompier-pyromane, sous le discours du Maître de la médiacratie[39], le cynisme en vertu, en multipliant les affaires, les mensonges, les provocations. La mise en scène de la politique-spectacle a heureusement ses limites : si l’on assistait autrefois au lever de Louis XIV, la téléréalité ne va pas encore jusqu’à nous faire contempler en direct le coucher du « président-soleil »[40], représentant d’un pétainisme sécuritaire qui ne vend plus que de la poudre aux yeux. 

Quant à la chute tout aussi médiatique du président du FMI, elle confirme que la jouissance phallique domine le monde, jusqu’à sa débandade finale : la perversion du système néolibéral mondial ne pouvait pas s’incarner en autre chose qu’un notoire sex addict, que la présomption d’innocence ne rend pas moins coupable de plans d’austérité réduisant des peuples entiers à l’impuissance… Inévitablement, les possédants les plus riches, maîtres du monde et du CAC 40, sont des paranoïaques-pervers phallocrates, qui se prennent au jeu mortifère du toujours plus, sur le dos de leurs semblables, méchamment opprimés et déprimés, et en jouissent vraiment. S’il reste une morale, elle sera toujours plus représentée par une « soubrette » guinéenne et par Reykjavik que par Warren BUFFETT et Wall Street…

Il n’y a plus de limite entre le sexe, l’argent, le spectacle et le pouvoir. Ni symbolique, ni temporelle. Car la banalité du mal de la perversion narcissique se propage depuis cinq ans, et de plus en plus vite, dans toute la société : son support est médiatique, son but est de conformer les masses au marché, notamment technologique, pour le plus grand profit de la concurrence. Pour cela, indissociable du discours de propagande que nous avons déjà étudié, la perversion gouvernementale vise à manipuler, à contraindre chaque Français, par la persuasion cognitive et comportementale, de se ranger à cette rationalité néolibérale au pouvoir. 

La garde rapprochée des ministres, par le même double langage convaincant que leur maître, diffuse ainsi la bonne parole visant à annuler toute liberté, toute divergence : il n’est question que d’efficience, de compétitivité, d’excellence, de croissance, de modernité… C’est pour cela qu’il faut prendre ses médicaments et ne plus penser, soigner les délinquants et chasser les étrangers ! En faisant la guerre à l’altérité, guerre qu’il fait passer aujourd’hui pour une évidence technique individuelle commandée par la santé et la sécurité, le scientisme médico-industriel au pouvoir se révèle ainsi comme la pire entreprise de perversion totalitaire depuis la barbarie nazie. Toujours relayée par les institutions étatiques sanitaires, sociales, éducatives, à travers des réformes accélérées détruisant toute éthique et toute solidarité, cette propagande grandiose vise à conditionner par auto-persuasion une psychologie normopathique, condamnée à se faire la complice hypocrite d’un durcissement dramatique des pratiques socioprofessionnelles. Sans avoir à reprendre tout ce que nous avons appris jusqu’ici, nous devons préciser dans ses grandes lignes en quoi la subjectivité est ainsi massivement pervertie aujourd’hui, contrainte d’adapter coûte que coûte son comportement pour pouvoir « en profiter » de façon plus performante.

La société néolibérale, égocentrique et sadique

La nouvelle culture narcissique néolibérale qui est en train de s’imposer partout est fondamentalement sadique. Dans tous les domaines de la société, sous un double langage propagandiste de plus en plus faux, règne désormais en maître l’égoïsme du profit et de la concurrence le plus sauvage. Dans le monde du travail et de l’éducation, le déni du réel est devenu complet : pour échapper à la peur imminente de la précarisation et du décrochage, chacun est contraint de s’évaluer toujours mieux pour travailler toujours plus. Typiquement, comme le rappelle Patrick FAUGERAS, la métaphore omnipotente de l’entreprise vise à suturer l’espace entre le signe et le réel, fondateur de la subjectivité[41]. Tout conflit est clos, l’homme est chosifié, réduit à un objet utilitaire, corvéable et jetable à merci : « C’est la gestion kleenex : on prend les gens, on les casse, on les vire. »[42] 

Au même titre que « le fétichisme de l’évaluation »[43], le verbiage autoconvaincant sur l’amélioration de la qualité et de la performance dénote ce management désubjectivant symptomatique d’une « société malade de la gestion » (GAULEJAC). La perversion néolibérale a pour mission essentielle de cacher sa profonde mélancolie : sous le discours clinquant et la résignation, pointe une immense souffrance humaine qui ne peut s’extérioriser que par sa médicalisation, ou par des solutions extrêmes : bien plus qu’on ne feint de le croire, désormais, il faut « travailler à en mourir »[44]. La violence professionnelle est en effet d’autant plus insigne et insupportable qu’elle se déplace et se cache perfidement dans sa déshumanisation managériale, obligeant chaque travailleur à s’emmurer dans le repli agressif de sa normopathie narcissique. Cette « violence innocente » du déni prend ainsi la forme d’une « cruauté ordinaire », orchestrée par une multitude de « pervers envieux », qui attendent que tombe le collègue jalousé parce qu’il s’expose, pour conforter leur propre place, ainsi que l’explique Yves PRIGENT [45]. 

Christophe DEJOURS montre les mécanismes par lesquels la position perverse est aujourd’hui devenue la règle : elle témoigne « de l’opportunisme défensif de nombreux sujets qui peuvent y recourir lorsque les circonstances extérieures deviennent menaçantes », par la duplicité du « clivage du moi »[46]. Mais comment une telle tromperie envers soi-même et envers les autres, une telle violence sociale, une telle guerre psychologique sont-elles possibles ? Pourquoi si peu en ont-ils conscience et réagissent ?
Parce qu’elles sont massivement niées en étant projetées vers des boucs émissaires, nous le savons désormais. Véhiculée par des médias aux ordres, la perversion sadique se fixe en effet sur des ennemis désignés, tels que l’étranger en situation irrégulière, le terroriste ultragauchiste, le jeune futur délinquant, le pauvre fraudeur, le schizophrène et autre pédophile. 

Jouir de l’autre et de sa néantisation permet de s’assurer de son être : le fonctionnement pervers est immuable. Cette projection persécutive vise à déplacer magiquement la violence systémique, pour conforter l’organisation socio-économique en place. Soufflant sur les braises de l’angoisse collective, la perversion sécuritaire agit ainsi comme une prophétie autoréalisatrice, générant les passages à l’acte qu’elle prétend ensuite réprimer. Le psychiatre Daniel ZAGURY confirme que c’est au tour du fou dangereux, aujourd’hui, « d’incarner cette peur dont l’État sécuritaire a besoin pour s’auto-affirmer. Tous les pervers le savent : c’est au plus faible qu’il convient de s’attaquer si l’on veut être certain du résultat »[47]. Car au-delà de quelques faits divers, dans la suspicion généralisée qu’introduit la présomption prédictive, c’est l’ensemble de la population qui est en fait dressé comme un seul homme, éduquée à regarder de travers, couper symboliquement la moindre tête qui dépasse. 

Cette politique de la peur constitue, selon Alain BAFIOU, « l’ordre pathologique »d’une « terreur d’État à hauteur de la technique », dans la mesure où la technologie numérique et la politique du chiffre transforment désormais la surveillance policière en « terreur virtuelle »[48] : la propagande psychologisante de l’autosurveillance et les nouveaux procédés informatiques de contrôle réalisent un contrôle panoptique qui détruit toute vie privée, et jusqu’à la possibilité même d’oser vivre ou penser différemment. Pour ma protection, je dois désormais accepter un contrôle permanent et occulte de mes moindres faits et gestes : cette injonction paradoxale sécuritaire omnisciente est une atteinte intolérable à ma dignité, à mon intégrité, à mon identité ! 

On sait par quelle duperie cette politique de terreur qui n’ose pas dire son nom, embrigade la psychiatrie dans sa vaste opération de persécution sociopolitique. Non seulement notre spécialité médicale est appelée à cautionner désormais le contrôle comportemental et médicamenteux à domicile par des « soins sans consentement » dont le caractère paradoxal dénote l’inhumanité, mais elle doit désormais dépister et traiter la « vulnérabilité » comportementale, que celle-ci signe une simple défaillance, n’importe quelle déviance, et même une future délinquance. 

Manipulation perverse là encore : en prétendant trouver la cause du trouble des conduites sociales dans un défaut d’autorité parentale qu’il faudrait corriger par des actions comportementalistes, les rapports gouvernementaux se moquent du monde ! Alors même que l’autorité de l’État ne cesse de se défausser sur ses boucs émissaires, et qu’une propagande paternaliste subtile, promue par les neuroéconomistes conseillant l’autorité en question[49], vise à faire croire à chaque individu qu’il est autonome, responsable, en charge de son capital santé – et fait gober cela à quantité de psychiatres, de psychologues et de sociologues[50] ! 

L’ensemble de la vie socio-économique repose sur cette illusion d’autonomie psychologique, désymbolisation néolibérale ne cessant de s’aggraver à la mesure du renforcement effectif du contrôle sécuritaire qu’elle exerce. Par une perversion d’État : voilà comment l’autorité se dénie comme telle aujourd’hui. De ce fait, chacun est renvoyé à son obligation de se soigner, autrement dit de se conformer à une norme passant non seulement pour être invulnérable, mais aussi purement personnelle. La psychologisation et la médicalisation systématique de l’existence font participer aujourd’hui la psychiatrie à cette vaste tromperie politique, ce déni pervers de toute liberté dont les conséquences historiques sont d’ores et déjà tragiques. Cette barbarie qui a déjà commencé est celle d’un nouvel ordre individualiste et comportemental commandé par les nécessités supposées de la compétition néolibérale.

Un narcissisme consumériste de masse, voué à la jouissance immédiate, pour fuir l’épuisement dépressif provoqué par une pression normative extrême : telle est la perversion contemporaine d’un système néolibéral auquel la psychiatrie sert de courroie de transmission scientiste, tout en participant pernicieusement à sa maltraitance organisée. La raison psychologique m’enjoint à m’adapter sans cesse, à la recherche du contentement et de la combativité promis par la propagande pharmaceutique et professionnelle, tandis que je suis obligé de me plier à des contraintes et à des modes de contrôle de plus en plus nombreux et pesants. L’admiration est le ressort de l’excitation narcissique médiatique et technologique, mais la réalité socioprofessionnelle et politique est tout autre : il faudrait à la fois que je sois performant, motivé, moteur ; mais en même temps conciliant, flexible, mobile. 

Être maître de moi et meilleur que les autres, mais accepter d’être le jouet de décisions arbitraires ; réaliser des objectifs toujours plus ambitieux, mais avec de moins en moins de temps pour cela. Le discours socioprofessionnel ne cesse de pratiquer ce double langage haletant, de peur et de plaisir, de pseudoliberté et de sécurité mêlés, qui m’oblige à louvoyer sans cesse, au gré des circonstances. Je suis perdu, sous tension, sujet à des écarts d’humeur, tenté par la consommation et le divertissement, mais leur inanité me renvoie toujours plus à ma solitude. Cette ambivalence est éprouvante : me voici lancé dans un manège harassant où je ne suis plus moi-même, mais parasité en permanence, comme vidé. Ce vide narcissique, c’est la normopathie du faux-soi, qui me protège tant bien que mal duburn out. 

Mais aujourd’hui, il n’y a pas moyen de s’arrêter, sauf en maladie – on a vu à quel prix ! La course à la performance, « la vitesse stupéfiante » à laquelle change le monde, la « réalité économique » à laquelle « on ne peut rien changer », la vie professionnelle de plus en plus précaire et son management de plus en plus pressant ne nous laissent plus le choix : il faut se faire une raison et suivre le rythme. Telle se produit « la névrose de guerre économique » (DONNET), forme contemporaine d’un « malaise dans la civilisation » auquel nous sommes tenus psychologiquement de nous soumettre. Dans notre intérêt…, sinon la science psychiatrique est prête à nous asséner que la vulnérabilité et le trouble du comportement sont des maladies que l’on peut prédire génétiquement, prévenir par des programmes neuroscientifiques, soigner sans consentement, et corriger par la neuroéconomie : ainsi est garanti le conditionnement cognitif de l’adaptation bienheureuse à l’ordre du monde en place. Il n’y a plus d’altération, et plus d’altérité possibles : la santé mentale, pour les stratèges qui nous gouvernent, c’est de profiter et de jouir opportunément ! 

Le discours scientifique médical et psychologique, se calquant sur la propagande politique, managériale et industrielle, se vide ainsi de toute réalité : instrumentalisée par le pouvoir, la psychiatrie accrédite officiellement le projet néolibéral, de fonder une nouvelle gouvernance psychoéconomique basée sur l’égoïsme du profit et de la concurrence. Que chacun soit à sa place, assignée par le mérite et par l’argent, et participe naturellement à l’enrichissement du monde : la perversion narcissique est la personnalité culturelle du néolibéralisme, qui exige que chacun devienne un manager sans limites à sa manipulation utilitariste du monde et des autres. Dans un système aussi déréglé, lancé dans une folle fuite en avant, car sa croissance est justement caractérisée par l’absence de limite, pur jeu de miroir spéculatif où Narcisse peut s’admirer jusqu’à en mourir, la psychiatrie aura vite fait de nous remonter le moral, comme une vulgaire « droguerie » (La BOÉTIE). 

Le refuge dans le plaisir immédiat constitue bel et bien le seul déni possible à la profonde démoralisation causée par cette absence totale de perspectives historiques. À chacun de s’adapter en espérant s’en sortir mieux que les autres, et advienne que pourra ! Dans la France de 2012, cette réalité tragique prend la forme d’une lutte oppressante pour la survie : l’insécurité sociale généralisée et son déni sécuritaire, l’injustice et l’immoralité d’un système économique présenté comme sans alternative, sont trop décourageantes pour nous révolter vraiment. Telle est la terrifiante obligation qui nous est faite aujourd’hui, à chacun d’entre nous, d’adopter cette mentalité opportuniste et compétitive aux dépens de toute santé psychique et de toute éthique démocratique. Face à un avenir barré, la banalité du mal est conditionnée désormais par une psychiatrie neuroscientifique normative et prédictive qui évoque irrésistiblement la politique d’élimination eugénique menée en Europe il y a moins d’un siècle. Cette résurgence du totalitarisme scientiste rend la sélection d’ores et déjà impitoyable…

Pour clore cette analyse, nous pourrions dire à l’instar d’Axel CAPRILES et de la conclusion de son article Pouvoir et infériorité psychopathique qu’Olivier LABOURET actualise – au travers de son engagement – les propos de C. JUNG qui pour sortir de l’impasse dans laquelle nous conduisent les psychopathes au pouvoir [51] conseillait d’éduquer le peuple à la psychologie analytique.
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[1] D’après le testament politique du Président François Mitterrand paru dans le livre de Georges-Marc BENAMOU Le Dernier Mitterrand.
[2] Cf. Le ‘pouvoir’, les ‘crises’, la communication paradoxale et « l’effort pour rendre l’autre fou ».
[3] Cf. Pathologie du pouvoir : Psychologie du leader psychopathe – Question de narcissisme (1/3) ; Pathologie du pouvoir : Psychologie du leader psychopathe – Narcissisme sain et pathologiques (2/3) ; Pathologie du pouvoir : Psychologie du leader psychopathe – Sommes-nous complice ? (3/3).
[4] Paul-Claude RACAMIER, Le génie des origines, Payot, 1992, p. 280.
[5] Paul-Claude RACAMIER, Pensée perverse et décervelage, in Gruppo, Revue de Psychanalyse Groupale n° 8, p. 137, 1992.
[6] Le récent succès médiatique du concept de pervers narcissique a suscité une vague de sévères critiques de la part des professionnels de la santé mentale – ce dont nous reparlerons tantôt –, mais pour l’heure, je n’en ai pas trouvé une seule qui blâme cette notion en toute connaissance de cause. C’est-à-dire que tous les opposants à ce concept n’ont jamais pris le temps de s’informer correctement sur l’objet de leur critique.
[7] Je le précise ici, sachant pertinemment que même si j’avais introduit cette remarque dans le texte principal, peu de lecteurs y auraient prêté attention : aborder le sujet de la perversion narcissique en donnant au terme de pervers narcissique une acception nosographique, c’est déjà être en dehors de la théorie. Ce qui revient en somme à la pervertir, car le mouvement pervers narcissique décrit un processus, une dynamique ou une force, etc. à l’œuvre dans des situations conflictuelles, bien plus qu’il ne pose un diagnostic catégoriel et catégorique. Autrement dit, la théorie de la perversion narcissique est dimensionnelle et non pas catégorielle (cf. les précisions apportées en ce sens-là par l’article Pathologie du pouvoir : Psychologie des leaders psychopathes – Narcissismes sain et pathologiques). C’est de cette indistinction entre l’aspect catégoriel et l’aspect dimensionnel des troubles de la personnalité que naissent la plupart des quiproquos entre professionnels de divers courants lorsqu’ils évoquent entre eux les troubles ou les dysfonctionnements mentaux observables.
[8] Conclusion d’un article d’Axel CAPRILES, Pouvoir et infériorité psychopathique, traduit de l’espagnol par Élisabeth CONESA pour les Cahiers jungiens de psychanalyse n°131 2010/1.
Axel CAPRILES est Docteur en économie, psychologue, diplômé en psychologie analytique de l'Institut CG Jung de Zürich, pla Société etc.
[9] C. MELMAN, L’homme sans gravité. Jouir à tout prix, Paris, Denoël, 2005.
[10] W. Brown, Les habits neufs de la politique mondiale, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007.
[11] J.-P. LEBRUN, La perversion ordinaire. Vivre ensemble sans autrui, Paris, Denoël, 2008.
[12] P. DARDET, C. LAVAL, La nouvelle raison du monde, Paris, La Découverte, 2009.
[13] D.R. DUFOUR, La cité perverse, Paris, Denoël, 2009.
[14] E. BERNAYS, Propaganda (1928), Paris, La Découverte, 2007.
[15] DSM-IV, Paris, Masson, 1996, p. 772-773.
[16] « La santé mentale, l’affaire de tous », rapport de novembre 2009, p. 43.
[17] La perversion n’a donc pas de sexe.
[18] J.-P. LEBRUN, op. cit.
[19] F. MAZOYER, « Consommateurs sous influence : l’irrésistible perversion du besoin », Manière de voir, n° 96, décembre 2007-janvier 2008.
[20] AFP, 9 juillet 2004. Ndlr : Patrick Le LAY, PDG de TF1, qui interrogé parmi d’autres patrons dans un livre Les dirigeants face au changement (Éditions du Huitième jour) affirma* : « Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective “business”, soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...) Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. »
* Dépêche AFP reprise notamment par Libération (10-11/07/04) : « Patrick Le Lay, décerveleur ».
[21] F. CUSSET, « La société écran », Politis, 23 juillet 2009.
[22] B. STIEGLER, « Le désir asphyxié, ou comment l’industrie culturelle détruit l’individu », Manière de voir, n° 96, janvier 2008.
[23] H. SZTULMAN, Psychanalyse et humanisme, Toulouse, Rue des gestes, 2008, p. 29.
[24] Rhizome, n° 39, juillet 2010.
[25] Roland JACCARD avait employé le terme de « fonction hypnotique » dès les années 1970 pour décrire l’action de la télévision qui engourdit, assomme le spectateur « dans la passivité béate de sa position assise », et désintègre sa relation au monde. Dans L’exil intérieur, Paris, puf, 1975.
[26] E. MINKOWSKI, Le temps vécu, Paris, Delachaux et Niestlé, 1968.
[27] P. MEIRIEU, « Lettre ouverte au ministre de l’Éducation nationale », 27 décembre 2008.
[28] V. THPRSTEIN, Théorie de la classe des loisirs (1899), Paris, Gallimard, 1970.
[29] C. FLEURY, La fin du courage, Paris, Fayard, 2010, p. 49.
[30] H. KEMPF, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Paris, Le Seuil, 2009, p. 62.
[31] C. LASCH, La culture du narcissisme (1979), Paris, Flammarion, 2006, p. 50-51.
[32] Cf. A. ADLER et F. NIETZSCHE, dans T. BRUGVIN, La psychosociologie de l’individu face aux pouvoirs politiques et économiques, texte de 2008.
[33] M. PINÇON, M. PINÇON-CHARLOT, Le président des riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Paris, La Découverte, 2010, p. 160.
[34] Ibid., p. 64.
[35] Ars industrialis, manifeste 2010.
[36] Cité par Politis, 8 juillet 2010. Voir aussi Marianne, 23 mars 2010.
[37] Y.-M. BOUTANG, Politis, 2 juin 2011.
[38] « Face à la crise », interview télévisée, 5 février 2009.
[39] C. FLEURY, La fin du courage, Paris, Fayard, 2010.
[40] « La Ligue des droits de l’homme sonne l’alerte », Libération, 6 mai 2008.
[41] Texte intitulé « Le goût du pouvoir ».
[42] C. DEJOURS, lemonde.fr, 16 septembre 2009.
[43] M. DORRA, « Malaise dans la mondialisation », Le Monde, 25 avril 2008.
[44] P. MOREIRA et H. PROLONGEAU, Travailler à en mourir. Quand le monde de l’entreprise mène au suicide, Paris, Flammarion, 2009.
[45] Y. PRIGENT, La cruauté ordinaire, Desclée de Brouwer, 2003.
[46] C. DEJOURS, Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale, Paris, Le Seuil, 1998, p. 110.
[47] « La loi sur la psychiatrie est l’indice d’un État qui préfère punir que guérir », lemonde.fr, 22 mars 2011.
[48] A. BADIOU, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Fécamp, Lignes, 2007.
[49] Centre d’Analyse Stratégique, « Nouvelles approches de la prévention en santé publique », rapport du 16 mars 2010.
[50] Cf. A. EHRENBERG, La société du malaise, Paris, Odile Jacob, 2010.
[51] Cf. Pathologie du pouvoir : Psychologie du leader psychopathe – Question de narcissisme (1/3) ; Pathologie du pouvoir : Psychologie du leader psychopathe – Narcissismes sain et pathologiques (2/3) ; Pathologie du pouvoir : Psychologie du leader psychopathe – Sommes-nous complices ? (3/3).
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Beaucoup de psychopathes chez les patrons
Psychomédia - Publié le 20 septembre 2016

Des niveaux beaucoup plus élevés de traits psychopathiques sont observés aux échelons supérieurs des entreprises comparativement à la population générale, selon une étude présentée au congrès de l'Australian Psychological Society.

Les entreprises devraient réaliser des évaluations psychologiques pour identifier les psychopathes à cravates, estiment les chercheurs.

De nombreuses entreprises font leurs évaluations de recrutement dans un mauvais ordre, selon le psychologue judiciaire Nathan Brooks, auteur principal. « Trop souvent, les entreprises regardent d'abord les compétences, et ensuite, tiennent compte des caractéristiques de la personnalité. Vraiment, dit-il, il faudrait d'abord évaluer le caractère du candidat, et ensuite, s'il passe le test de personnalité, se demander s'il a les bonnes compétences. »

Personnellement je crois que cet ordre n'a aucune importance, que ces profils sont justement recherchés par des employeurs eux-même concernés.

Des études émergentes, indique-t-il, montrent qu'alors qu'une personne sur 100 dans la communauté en général et une personne sur 5 dans le système pénitentiaire sont considérées comme psychopathes, ces traits sont communs dans les échelons supérieurs des entreprises, avec une prévalence se situant entre 3 % et 21 %.

Le terme « psychopathe à succès » (« successful psychopath »), qui désigne les gens qui occupent des postes élevés et qui ont des traits psychopathiques tels que l'insincérité, le manque d'empathie ou de remords ainsi que des comportements égocentriques, charmants et superficiels, a vu le jour dans le sillage de la crise financière mondiale de 2008.

Brooks et ses collègues (1) ont mené cette étude avec 261 professionnels d'entreprises de gestion de chaînes d'approvisionnement. Une proportion extrêmement élevée de 21 % avait des niveaux cliniquement significatifs de traits psychopathiques, soit une proportion comparable à la population carcérale.

Ces résultats ont des implications majeures pour les entreprises, car le psychopathe à cravate peut se livrer à des pratiques commerciales contraires à l'éthique et illégales et avoir un impact toxique sur les autres employés, souligne le chercheur.

« Les psychopathes créent typiquement beaucoup de chaos et ont généralement tendance à monter les gens les uns contre les autres », ajoute-t-il.

(1) Katarina Fritzon de l'Université Bond et Simon Croom de l'Université de San Diego.

Psychomédia avec source : Australian Psychological Society.