Droite et extrême droite, filiation.


Les notions de droite et de gauche ont toujours été relativement floues ne serait-ce que parce qu'à leur origine, en 1789, la gauche associée de nos jours à la démarche sociale n'était autre que la bourgeoisie. Cette équivoque initiale nous permet de poser légitimement la question de savoir si ce clivage est pertinent, encore d'actualité et, si oui, où situer l'extrême droite dans ce paysage.

Voici l'approche d'Etienne Chouard, plutôt peu convaincante:



Si nous pouvons admettre que la prétention sociale de la bourgeoisie en 1789 était relativement sincère - après tout la contestation des privilèges de l'aristocratie allait bien dans ce sens - relevons néanmoins cette évidence que sans la contribution du peuple la révolution n'eût guère eu de chance d'aboutir ; d'où la nécessité pour les insurgés de s'assurer de la participation populaire, tâche au demeurant aisée vu que la grogne était largement partagée de part et d'autre.

Dès lors qu'elle est parvenue à ses fins, nous aurions pu croire que cette bourgeoisie n'aurait plus eu grand intérêt à entretenir cette alliance opportuniste. Ce serait oublier le fait qu'il lui est toujours nécessaire de ménager sa main d'oeuvre, source première de sa prospérité de par le cycle traditionnel production/consommation (évidence remise en cause aujourd’hui par la robotique). D'où cette confusion habilement entretenue par les dominants, "l'américan dream" et le loto permettant à tout un chacun de parvenir, théoriquement, à l'aisance de ces derniers.

Selon moi et pour faire court, le clivage gauche/droite correspond à l’intuition largement répandue percevant l'opposition dominés/dominants au travers du conflit d'intérêt individu/collectivité (voir lien plus haut). Lorsque conflit il y a, la gauche favorise la solidarité immanente à toute société tandis que la droite privilégie l'individu, ce dernier apparaissant sous la forme de groupes d'appartenance dans le jeu social (famille, classe, culture etc..).

Si donc la gauche appréhende l’humain en tant qu’espèce essentiellement sociale et coopérative, la droite veut y voir un être individualiste répondant aux seuls stimuli de la concurrence. Dans la compétition permanente qu’elle promeut, cette droite traditionnelle exalte le mérite, voyant l’origine de toute réussite sociale en ce dernier. Ne dit-on pas volontiers dans ce milieu : « je me suis enrichi par le travail ». La question est de savoir par le travail de qui…

Si l’extrême droite partage volontiers ce principe de « mérite » elle ne fait toutefois pas prévaloir celui du travail, donc de l’acquis, mais plutôt celui du natif. Ainsi pour elle la hiérarchisation sociale passe-t-elle obligatoirement par les prérogatives nationales, ethniques, religieuses ou autres « valeurs intimes » des intéressés. La filiation droite/extrême droite est évidente, seul le contenu du mot « mérite » change.

Endeumo:

Droite et extrême droite échafaudent toutes deux la hiérarchie sociale à l'aune du mérite, ce dernier relevant d'un travail supposé pour la première, de l'héritage matériel, génétique ou culturel pour la seconde.


Humour:

Un gros bourgeois avoue à un curé:
- Une chose est sûre, monsieur le curé, c'est que je me suis fait entièrement moi-même!
- Eh bien! Voila qui décharge le tout-puissant d'une lourde responsabilité!...