Autopsie de la démocratie

Que reste-t-il de la démocratie lorsque, suite à une
propagande outrancière et à des  intrigues permanentes,
  la majorité du corps électorale n'y participe plus ?...

En France en 2017, deux français sur trois en âge de voter se sont abstenus ou ont voté blanc... ou nul. L’analyse ci-après concerne ces élections mais peut être transposée, moyennant quelques ajustements à la marge, à toutes les démocraties du monde tant la propagande et les intrigues sont universelles. 

Concernant la propagande, et donc en France, inutile d’enfoncer des portes ouvertes ; chacun aura pu constater les innombrables articles et unes de presse vantant les qualités du candidat président, ses apparitions incessantes sur les écrans et autres « mises en récit » (storytelling) flatteuses. (En voici un rapide tour d’horizon → "Le Vent se Lève"). A noter également l’astucieux mélange de la jeunesse relative du candidat et de la maturité de sa compagne, équipage apte à ratisser très large dans le vivier de l’électorat de base. Hasard ? Probablement pour le couple, au moins une aubaine pour ses recruteurs…

Moins évidentes sont les intrigues non pas de la classe dirigeante, comme il est trop souvent supposé, mais de la classe dominante dont la dirigeante n'est que le valais et fusible. (Distinction entre classe dominante et dirigeante) A ce sujet il serait bon de faire le point et de casser cette croyance, habilement entretenue par le système, qui met les chefs d’état au sommet de la pyramide décisionnelle. Même le président du pays le plus puissant du monde n'a pas ce pouvoir, il est redevable à ses mentors qui l’ont intronisé et à qui il doit allégeance, tout écart majeur étant susceptible de représailles pouvant aller jusqu'à, ni plus  ni moins, une balle dans la nuque. La soumission est par contre très « profitable ».

Ces considérations ne sont toutefois pas à généraliser. Si par exemple Barack Obama entre dans ce schéma ce n'est pas le cas de Donald Trump qui fait lui-même partie de la classe dominante. Il est indispensable ici de comprendre que même si cette classe peut être solidaire lorsqu'elle est globalement menacée dans ses privilèges, elle est loin d'être homogène et serait plutôt comparable à des sauriens fous s'étripant dans le marigot du « chacun pour soi » libéral. Ainsi plusieurs clans cohabitent dans cette classe et l'ego de Trump a été manipulé par l'un d'eux à des fins que les historiens dénonceront bien un jour. Vladimir Poutine pour sa part est issu d’un clan qui s’est imposé à la chute de l’URSS et dont il est le « parrain ».

Pour ce qui nous intéresse, c'est-à-dire la politique française et plus précisément les dernières élections de 2017, les intrigues ont commencé bien en amont des présidentielles. Il ne faudrait pas croire que ces échéances électorales, dont les retombées économiques sont colossales pour la classe dominante, sont improvisées à la légère… A son arrivée à Bercy, en 2014, Emmanuel Macron n’était guère plus connu, sinon de ses sponsors évidemment, qu’en 2011 lorsqu’il était conseillé de François Hollande durant sa campagne puis secrétaire général adjoint de l'Élysée de 2012 à 2014. L’opération Macron a évolué dans l'ombre durant quelques années de « maturation ».

Vint alors la trahison, Macron quitte Hollande « comme Brutus poignarde César » diront les médias. Mise en scène là aussi. Personne n’a oublié la politique ‘suicidaire’ du président durant son quinquennat. Dès le lendemain de son élection, et malgré ses promesses appuyées, il ne renégocie pas avec Merkel le pacte budgétaire européen pré-signé par Nicolas Sarkozy et le ratifie tel quel. Ses électeurs attendent également des actes en accord avec son discours du Bourget où il assure que son ennemi c’est le monde de la finance et s’engage à séparer banques de dépôt et banques d’affaire. Là encore, rien ! François Hollande, aidé par son secrétaire général adjoint Emmanuel Macron, finit par arbitrer en faveur des banques. Enfin, et pour faire court, la loi El Khomri - qui n’est en fait qu’une loi Macron déguisée, discrétion oblige pour un futur candidat au mandat suprême -  jette la France de gauche dans la rue et passe en force via l’article 49,3

La campagne électorale s’engage alors vraiment, les positions se précisent. La candidature de Macron n’est guère prise au sérieux par ses concurrents mais c’est sans compter sur la puissante machine qui parraine le « novice ».Les deux principaux adversaires de celui-ci, à savoir Manuel Valls et Alain Juppé, sont écartés dès les primaires alors qu'ils étaient sans aucun doute les favoris de leurs partis respectifs. Restent Benoît Hamon pour le parti socialiste et François Fillon pour les républicains.

Hamon joue exactement la même partition qu'en 2012 lorsqu’il assurait, selon ses propres aveux, le flanc gauche de Hollande. La stratégie consiste cette fois à permettre le glissement du parti socialiste un peu plus à droite encore sous un nouveau logo sans abandonner trop de terrain à la véritable gauche. Fillon quant à lui continue à présenter quelques risques pour Macron mais quel danger représente un homme dont il suffit d’ouvrir les dossiers connus de longue date, certains depuis 1982, pour le mettre dans l’embarras ?...

Président sortant discrédité, gauche de gauche contenue par les inconditionnels d’un parti socialiste par ailleurs cannibalisé, droite républicaine empêtrée dans les affaires et extrême droite assurant la victoire de son adversaire quel qu’il soit au second tour, un boulevard tracé à grands coups d’intrigues s’ouvre ainsi devant Macron.

Urne bura - Niger
Modèle approprié
Certains analystes voient dans l’avènement du « Messie » la fin d’un demi-siècle d’alternance gauche/droite aux commandes du pays. Il est en effet dans les projets de la droite d’envoyer ce clivage aux oubliettes de l’histoire tans il lui est insupportable de voir les dominés prendre conscience de leur condition et se liguer contre elle. L’opération Macron va clairement dans ce sens, ne s’affichant ni à gauche ni à droite… tout en étant bien ancrée à droite évidemment.

Et la démocratie dans tout cela ?... “Rien, heureusement, n'est moins prévisible que la démocratie” disait perfidement Jacques Attali, l’un des instigateurs de l’opération Macron. Plus honnête, Alexis de Tocqueville avouait dès le début du XIXe siècle: « Je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira. »